« Tout d’abord, sachez une chose, c’est qu’ils veulent vous détruire !

Je ne m’attendais pas à des encouragements, mais quand même pas à cette sentence!

Le ton était donné.

J’allais m’asseoir 28 fois dans ce fauteuil au cours des 18 prochains mois, face à ce psychiatre qui allait m’aider à traverser cette épreuve, ce confinement ciblé pour tenir un bras de fer face à une institution énormissime : l’éducation nationale.

Quand mon médecin m’avait d’abord arrêtée pour deux mois puis m’avait convaincue d’aller voir ce psychiatre, je m’étais dit que ce serait important pour mon dossier. Je n’imaginais pas à quel point !

Elle me l’avait conseillé car il était spécialisé dans l’accompagnement de patients face à des « mastodontes » grands sociétés ou administrations : David contre Goliath ! J’y étais !

Je m’imaginais le  cabinet d’un psy, lui sur son fauteuil et moi sur un divan regardant le plafond pour ne pas être distraite par les réactions sur son visage. Il était assis face à moi et n’en avait pas ; il scrutait les miennes. Il parlait très peu et me fixait. J’attendais une question, un intérêt de sa part.  Ce fut très bref.

A peine avais-je ouvert les vannes que je me déversais dans un flot ininterrompu sur mon affaire, mon histoire…

Il me cerna vite et me lança sa deuxième phrase «  Je vais vous apprendre l’esquive car  vous prenez tout de front et si vous restez en face du rouleau compresseur, vous allez être écrabouillée ! »

Première séance : le Dr T était aussi expert et non seulement il m’apprendra l’esquive, mais au cours des 5 expertises psychiatriques que je devrais subir, il sera mon préparateur, mon guide, mon débriefeur, une aide inouïe.

Comme il était aussi médecin, les séances étaient prises en charge et bien sûr il me prescrivit des antidépresseurs.

Un jour où je prenais l’ordonnance sans mot dire, il me regarda bien dans les yeux et presque provocateur me lança »

« Ah, c’est vrai, vous n’êtes pas malade, vous ne les prenez pas ! »

En effet, je prenais les ordonnances, je prenais les médicaments à la pharmacie et j’empilais les boîtes dans un placard. C’était juste pour épaissir mon dossier. (psy, médocs…)

Je n’étais pas malade parce que j’avais raison contre cette administration. J’avais fait tout juste, j’avais passé un concours, je l’avais réussi, j’avais changé de statut.

Mais surtout j’avais aussi interpelé mon administration qui m’avait alors mal conseillée. Ce qui m’a sauvée est qu’ils ont mis leur ERREUR sur papier.

Comme dit un de mes amis qui travaille à la Préfecture : « L’administration ne fait pas d’erreur, car l’administration ne sait pas ce qu’est une erreur ! »

J’irai aussi devant le tribunal administratif, mais comment avoir gain de cause quand l’administration est juge et partie. Dans ce simulacre, le juge aura beau essayer de dénouer cette affaire ubuesque, mais même lui n’aura pas les moyens de statuer en ma faveur !

Ce qui m’aidera à gagner ce bras de fer, c’est ma détermination basée sur le fait de combattre cette injustice et là tout mes combats associatifs et mes expériences personnelles seront un carburant inépuisable.

Cependant, face à cette épreuve extraordinaire, je n’en serais pas sortie indemne si j’avais été seule et heureusement, je ne l’étais pas ! J’étais même entourée au-delà de mes espérances.

Des cercles de protection concentriques : ma famille, mes amis, mes collègues, médecins, avocats, des soutiens insoupçonnés, m’ont permis de tenir, de ne pas prendre de médicaments et de sortir de la prison mentale dans laquelle, ils voulaient m’enfermer.

« Ce qui ne nous détruit pas nous rend plus fort »

J’étais forte de mes expériences de vie, de mes amours, de mes amitiés. C’est dans ces moments où l’on est face à soi-même que l’on trouve des ressources que l’on avait pas encore utilisées mais qui étaient là, en sommeil, certaines depuis des études de philo et d’autres acquises par l’expérience.

On utilise alors ces qualités jusqu’à la corde. Je suis quelqu’un de patient, une patience qui tend à la méditation. Certains événements de ma vie, notamment, ma maladie et ses effets m’ont obligé ou permis d’exploiter même d’explorer la façon d’aborder une difficulté.

Est-ce dû à mon caractère, ma personnalité ? Est-ce que les évènements me révèlent ou me modifient ?

Je ne me raidis pas face à une situation difficile car c’est perdre de l’énergie. Je la prends en face, je l’analyse et j’essaie d’en tirer les enseignements : les bons et les mauvais côtés, ceux-ci étant les plus intéressants car ils nous en apprennent davantage.

Non seulement, ils ne m’ont pas détruite, mais j’en suis sortie encore plus forte et déterminée !

Il a fallut quelques mois pour desserrer le carcan mental, mais j’ai gagné et cette victoire est d’autant plus belle qu’elle est collective.

Je leur dois tant à tous mes soutiens. Certains comme les gestionnaires de l’Académie qui ont porté mon dossier, ou mon médecin m’ont ensuite conseillé d’écrire cette histoire incroyable!

Ils pensaient peut-être que ce serait une thérapie et ils avaient raison car l’écriture fut une thérapie. J’ai d’ailleurs ouvert mon blog à ce moment-là pour m’accompagner et m’aider à traverser cette  aventure pendant ces longs mois.

Depuis, je relisais parfois quelques articles au cas où j’écrirais mon histoire : ils sont pris sur le vif et témoignent de la violence de l’attaque. Mes écrits ont servi d’amortisseurs et ont été des balises pour ne rien lâcher. Je ne sais pas encore comment je vais intégrer ce journal dans mon histoire, mais je laisse les choses se faire.

De plus, le temps a fait son affaire et cette « victoire » m’a rendu encore plus forte pour aborder d’autres projets.

Plus de dix ans ont passé. Pourquoi revenir dessus ?

Parce que je raconte cette histoire sans émotion maintenant et que je vois l’intérêt éberlué de mes auditeurs…

Mais surtout pour montrer dans le témoignage de cette histoire que c’est possible de ne pas se faire écrabouiller par un mastodonte si puissant soit-il.

Ça demande de la persévérance, du temps mais surtout une force extraordinaire possible grâce à l’entraide de TOUS !

Notre force c’est d’être solidaires !

C’est cette belle leçon que je vais maintenant vous la raconter à travers mon histoire incroyable.