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« Tout d’abord, sachez une chose, c’est qu’ils veulent vous détruire !

Je ne m’attendais pas à des encouragements, mais quand même pas à cette sentence!

Le ton était donné.

J’allais m’asseoir 28 fois dans ce fauteuil au cours des 18 prochains mois, face à ce psychiatre qui allait m’aider à traverser cette épreuve, ce confinement ciblé pour tenir un bras de fer face à une institution énormissime : l’éducation nationale.

Quand mon médecin m’avait d’abord arrêtée pour deux mois puis m’avait convaincue d’aller voir ce psychiatre, je m’étais dit que ce serait important pour mon dossier. Je n’imaginais pas à quel point !

Elle me l’avait conseillé car il était spécialisé dans l’accompagnement de patients face à des « mastodontes » grands sociétés ou administrations : David contre Goliath ! J’y étais !

Je m’imaginais le  cabinet d’un psy, lui sur son fauteuil et moi sur un divan regardant le plafond pour ne pas être distraite par les réactions sur son visage. Il était assis face à moi et n’en avait pas ; il scrutait les miennes. Il parlait très peu et me fixait. J’attendais une question, un intérêt de sa part.  Ce fut très bref.

A peine avais-je ouvert les vannes que je me déversais dans un flot ininterrompu sur mon affaire, mon histoire…

Il me cerna vite et me lança sa deuxième phrase «  Je vais vous apprendre l’esquive car  vous prenez tout de front et si vous restez en face du rouleau compresseur, vous allez être écrabouillée ! »

Première séance : le Dr T était aussi expert et non seulement il m’apprendra l’esquive, mais au cours des 5 expertises psychiatriques que je devrais subir, il sera mon préparateur, mon guide, mon débriefeur, une aide inouïe.

Comme il était aussi médecin, les séances étaient prises en charge et bien sûr il me prescrivit des antidépresseurs.

Un jour où je prenais l’ordonnance sans mot dire, il me regarda bien dans les yeux et presque provocateur me lança »

« Ah, c’est vrai, vous n’êtes pas malade, vous ne les prenez pas ! »

En effet, je prenais les ordonnances, je prenais les médicaments à la pharmacie et j’empilais les boîtes dans un placard. C’était juste pour épaissir mon dossier. (psy, médocs…)

Je n’étais pas malade parce que j’avais raison contre cette administration. J’avais fait tout juste, j’avais passé un concours, je l’avais réussi, j’avais changé de statut.

Mais surtout j’avais aussi interpelé mon administration qui m’avait alors mal conseillée. Ce qui m’a sauvée est qu’ils ont mis leur ERREUR sur papier.

Comme dit un de mes amis qui travaille à la Préfecture : « L’administration ne fait pas d’erreur, car l’administration ne sait pas ce qu’est une erreur ! »

J’irai aussi devant le tribunal administratif, mais comment avoir gain de cause quand l’administration est juge et partie. Dans ce simulacre, le juge aura beau essayer de dénouer cette affaire ubuesque, mais même lui n’aura pas les moyens de statuer en ma faveur !

Ce qui m’aidera à gagner ce bras de fer, c’est ma détermination basée sur le fait de combattre cette injustice et là tout mes combats associatifs et mes expériences personnelles seront un carburant inépuisable.

Cependant, face à cette épreuve extraordinaire, je n’en serais pas sortie indemne si j’avais été seule et heureusement, je ne l’étais pas ! J’étais même entourée au-delà de mes espérances.

Des cercles de protection concentriques : ma famille, mes amis, mes collègues, médecins, avocats, des soutiens insoupçonnés, m’ont permis de tenir, de ne pas prendre de médicaments et de sortir de la prison mentale dans laquelle, ils voulaient m’enfermer.

« Ce qui ne nous détruit pas nous rend plus fort »

J’étais forte de mes expériences de vie, de mes amours, de mes amitiés. C’est dans ces moments où l’on est face à soi-même que l’on trouve des ressources que l’on avait pas encore utilisées mais qui étaient là, en sommeil, certaines depuis des études de philo et d’autres acquises par l’expérience.

On utilise alors ces qualités jusqu’à la corde. Je suis quelqu’un de patient, une patience qui tend à la méditation. Certains événements de ma vie, notamment, ma maladie et ses effets m’ont obligé ou permis d’exploiter même d’explorer la façon d’aborder une difficulté.

Est-ce dû à mon caractère, ma personnalité ? Est-ce que les évènements me révèlent ou me modifient ?

Je ne me raidis pas face à une situation difficile car c’est perdre de l’énergie. Je la prends en face, je l’analyse et j’essaie d’en tirer les enseignements : les bons et les mauvais côtés, ceux-ci étant les plus intéressants car ils nous en apprennent davantage.

Non seulement, ils ne m’ont pas détruite, mais j’en suis sortie encore plus forte et déterminée !

Il a fallut quelques mois pour desserrer le carcan mental, mais j’ai gagné et cette victoire est d’autant plus belle qu’elle est collective.

Je leur dois tant à tous mes soutiens. Certains comme les gestionnaires de l’Académie qui ont porté mon dossier, ou mon médecin m’ont ensuite conseillé d’écrire cette histoire incroyable!

Ils pensaient peut-être que ce serait une thérapie et ils avaient raison car l’écriture fut une thérapie. J’ai d’ailleurs ouvert mon blog à ce moment-là pour m’accompagner et m’aider à traverser cette  aventure pendant ces longs mois.

Depuis, je relisais parfois quelques articles au cas où j’écrirais mon histoire : ils sont pris sur le vif et témoignent de la violence de l’attaque. Mes écrits ont servi d’amortisseurs et ont été des balises pour ne rien lâcher. Je ne sais pas encore comment je vais intégrer ce journal dans mon histoire, mais je laisse les choses se faire.

De plus, le temps a fait son affaire et cette « victoire » m’a rendu encore plus forte pour aborder d’autres projets.

Plus de dix ans ont passé. Pourquoi revenir dessus ?

Parce que je raconte cette histoire sans émotion maintenant et que je vois l’intérêt éberlué de mes auditeurs…

Mais surtout pour montrer dans le témoignage de cette histoire que c’est possible de ne pas se faire écrabouiller par un mastodonte si puissant soit-il.

Ça demande de la persévérance, du temps mais surtout une force extraordinaire possible grâce à l’entraide de TOUS !

Notre force c’est d’être solidaires !

C’est cette belle leçon que je vais maintenant vous la raconter à travers mon histoire incroyable.

 

Beaucoup d’émotion mais aussi de rire pour l’hommage rendu vendredi  soir à Roger DUMOND, maître d’école à Jean Moulin.

Bien sûr, tous n’étaient pas là.

 

Le préau et même la cour n’auraient pas été assez vastes pour tous les accueillir : les anciens élèves, les enseignants, les parents et tous les intervenants de la commune avec lesquels il a partagé, à travers son métier d’instituteur, de nombreuses aventures pédagogiques.

 Ceux qui n’avaient pu se déplacer étaient là par le cœur et ceux qui auront appris trop tard cet hommage sauront, par ce message, qu’ils ont été évoqués à travers les souvenirs, les anecdotes, les rires et les moments d’émotion.

Et ces moments ont été nombreux, rappelés par Monsieur le Maire notamment lors des jumelages avec Hirschberg et Ponsacco : Roger a inauguré chaque fois avec sa classe les échanges scolaires.

Puis ce furent ceux de Yannick, son collègue et ami, complice de tant, voire toutes les aventures.

 D’ailleurs, à l’école, ils étaient indissociables: on disait naturellement :

 « Les garçons ». Il est vrai que dans ce métier très féminisé, la présence de ce duo, apportait ce complément fort et joyeux, patiné de gentillesse propre aux vrais gentlemen ! Les maîtresses de maternelle, proches voisines de leurs classes nous en ont fait partager quelques anecdotes.

Et puis, les élèves de la première heure, aujourd’hui étudiants et  jeunes adultes ont évoqué leurs « super souvenirs » de CM1.

Ils ont revécu, les moments inoubliables grâce à  Radio P ’tit Louis…

un projet pédagogique ambitieux  mis en place par Roger et Yannick, une radio  qui perdure aujourd’hui, rebaptisée « Fréquence Forum »  et animée par Eric.

Les ondes de cette radio  rayonnaient  déjà au-delà des murs de l’école sur Radio Pluriel qui diffusait ses émissions.

Tout le monde se souvient aussi  de l’engagement des CM1, maîtres et élèves, pour venir animer le Festival de la Bulle d’Or de Brignais, avec leur radio pendant plusieurs années.

Etre journaliste à 9 ans, dans un « vrai studio de radio »

Tenir un micro devant un public!

 Quels souvenirs !

Difficile de rapporter ici tous les témoignages : beaucoup seront laissés dans le livre d’Or, cahier d’écolier, support modeste mais si  symbolique du travail éphémère mais qui reste à jamais gravé dans les mémoires.

 

Roger l’aurait voulu ainsi ce « Cahier d’Or » qui  sera remis à sa famille : petite porte que nous avons ouverte sur la vie du maître d’école, ce soir devant eux et aussi pour eux. Nous avons été si heureux de leur faire partager nos souvenirs et Josette, très émue, nous a remerciés pour cet hommage.

Pour quelques temps encore ce livre d’Or  restera à l’école pour être enrichi des photos et témoignages de ceux qui n’ont pas eu le temps ou le calme dont le cœur a besoin pour trouver les mots.

Et parmi, de nombreux parents que je veux, ici, remercier de leur formidable soutien et remarquable participation et qui ont si souvent accompagné Roger dans ses projets.

Car l’équipe pédagogique, c’est bien sûr les enseignants mais aussi, et surtout dans  cette école, tous les adultes, acteurs indispensables qui contribuent par leur engagement et leur humanité  à lui donner cet esprit qui  anime toujours cette école et que l’on ressent chaque fois que l’on y revient.

J’y suis restée 14 ans…et j’en ferai toujours partie….comme Roger, Anne, Odette…et les autres. La liste est si longue.

L’écrit…l’oral…l’école !

Pour travailler l’oral….

Justement la radio et après le cahier d’Or, un CD d’Or!

Yannick a rejoint Eric dans le studio d’enregistrement et tous ceux qui ont voulu raconter un bout de leur vie avec Roger ont gravé leur voix sur un CD, ultime émission « des garçons ».

Le monde change, évolue, les maîtres d’école aussi ! Aujourd’hui internet, site, blog….nous permettent de garder le contact !

Ce CD sera donc bientôt sur le blog de Roger www.rogerdumond.com

Mais comment est-ce possible ?

Je l’avoue : je ne peux écrire ce blog, créer le groupe Facebook pour l’école …que grâce à ma fille Géraldine, virtuose de l’internet !

Quand elle allait aider « les garçons » pour l’informatique à l’école, Yannick et surtout Roger étaient épatés par sa dextérité « et pourtant, dit-elle, j’étais une petite joueuse à l’époque ! »

Et oui, dans ce domaine, les élèves ont dépassé les maîtres !!!

C’est souvent arrivé…mais en ce début de 21ème siècle, il y a nouvelle donne : avec l’informatique : pour la première fois, les jeunes en savent plus que leurs aînés!

Il faut non seulement l’accepter mais en voir toutes les richesses que cela apporte à tous.

Pour nombre d’entre nous, enseignants  à Jean Moulin,  c’était  déjà  une évidence et  nous nous sommes naturellement associer pour inventer  les projets qui ont fusé de nos échanges, chacun selon son tempérament.

C’est l’équipe qui fait le travail et non l’inverse.

Créer d’abord l’équipe…et quoi de mieux pour des enseignants qui montent tous les jours sur l’estrade, mini théâtre de leur classe, que de se réunir en troupe.

Troupe de théâtre bien sûr !

Roger a « imposé » l’idée à Brigitte notre bibliothécaire, animatrice des ateliers-théâtre des élèves.

 « et pourquoi pas nous ???? »

Et la pièce « l’inspecteur toutou » fut créée et  nous a tous réunis dans les fous-rires des répétitions et le délicieux plaisir de faire la surprise aux élèves de l’école ! Roger avait le rôle titre, bien sûr, pour  mener l’enquête en revisitant les contes pour enfants. J’étais la méchante Reine de Blanche-Neige…rôle de composition bien sûr !

Ce fut un grand moment, sans doute le plus fédérateur pour  notre équipe.

Ainsi, tous ensemble ou par deux, trois, nous avons construit des projets pédagogiques souvent novateurs, puissants moteurs pour entrainer tous les élèves quelque-soit leurs moyens, puisqu’ils en étaient le précieux mélange, le meilleur des carburants !

La radio, le journal « les petits échos liés », le défi-lecture, le lecthon, les petits chevaux, les tournois sportifs, les spectacles de théatre, musicaux (merci à nos formidables intervenants) le MAG, le site des Ce1, les échanges des jumelages, les classes découvertes, les voyages….

Il y en a tant…ce soir les jeunes se rappelaient leur CM1 : les récrés prolongées pour finir les matchs de foot, les récompenses en allant au McDo…oui ce n’est pas pédagogiquement correct,  mais finalement, c’est de cela dont on se souvient …

Comme le souligne Albert Jacquard, on ne retient bien que ce qui est fixé sur une émotion, et partager un McDo avec ses maîtres est sans doute une récompense qui vaut toutes les images du monde !!!

En nous réunissant tous ce soir,  notre  maître d’école, Roger n’est pas là et pourtant, c’est son esprit fédérateur, espiègle, plein d’énergie et de créativité qui nous envahit.

Oui, Roger était avec nous, et si on écoute au fond de nos cœurs…on sait qu’il nous donne, malgré lui, une dernière leçon que nous connaissons par cœur sans toujours l’appliquer….

Mais on sait qu’il faut souvent répéter….

Merci Roger de nous avoir tous réunis…

Sûr, on ne se perd plus de vue !

Je mets, comme sur le blog de Roger les photos des  affiches réalisées pour cet hommage et je remercie Eric de sa participation.

Les photos sont exposées dans le préau de l'école Jean Moulin.

Numérisé à 18-08-2010 14-18 

Roger DUMOND

J’ai rencontré Roger DUMOND en 1994, quand je suis arrivée à l’école Jean Moulin : il avait le CM 2 et moi le CP. Nous étions au même étage et la première anecdote donnait le ton de ce que serait notre relation : amicale,  professionnelle et toujours joyeuse. Je la raconterai, et sans doute toutes les autres,  bientôt sur ce blog.

Mais pour l’instant, je suis dans la tristesse, d’autant plus  chaque fois que je rencontre quelqu’un à qui j’apprends son décès!

C’est encore ce qui vient de se passer en envoyant ce mail à Sylvie. Mais c’est un passage obligé : dire sa souffrance et la partager pour mieux faire ressurgir les raisons de mieux vivre.

En l’écrivant je m’aperçois qu’il peut s’adresser à tous ceux qui ont partagé toutes ces années   formidables à l’école Jean Moulin et c’est pour ça que j’ai décidé de le mettre sur mon blog.

L’école Jean Moulin est une école assez unique et tous ceux qui l’ont “habitée”, qu’ils soient élèves, enseignants, intervenants….ont participé à  des aventures humaines fortes sur des projets pédagogiques  innovants et variés : théatre, radio, site..pour apporter le meilleur à une école, modèle de la mixité sociale

 Certains enseignants de la première heure sont toujours là : les équipes se renouvellent mais l’esprit est toujours aussi fort et les anciens comme Roger, moi et de nombreux autres en font partie pour toujours!

Dès l’annonce de son  décès, quelques membres de cette grande famille se sont regroupés spontanément. Pour les “parents éloignés”, nous nous retrouverons tous vendredi 17 septembre 2010 à 18h dans la cour de l’école JeanMoulin-André Lassagne. La mairie en fera l’annonce officielle pour rappeler tout ce que Roger a apporté à la ville de Brignais.

“Bonjour Sylvie,

Roger est mort dans son sommeil dans la nuit du 21/22 juin.  Je ne saurais te dire si c’est le cœur ou un anévrisme. Ce qui peut consoler c’est que,  d’après les pompiers, il est parti sans souffrir. Il avait 61 ans, je pense.

 Mais ça a été un choc pour tout le monde d’autant que nous devions aller  voir  ses chambres d’hôtes qu’il avait ouvertes à Cereix et qui commençaient à bien marcher. http://www.leshautsdecereix.com/  le site a été fermé bien sûr mais tu verras qu’il avait obtenu 3 épis. Il avait eu  tellement ce projet à cœur et d’après les premiers témoignages, il l’avait  bien réussi!

Et nous devions tous aller le voir…

En tant que retraités (je suis enfin officiellement à la retraite depuis le 1er mars 2010), nous communiquions par internet. Je lui avais fait de la pub et promis que nous irions cette année

Je crois que juste Yan et GranFred y étaient allés…on pensait tous  avoir tout le temps…

Cécile l’avait vu en avril, puisqu’elle est du Puy et avait fait le marché avec lui. Il était en forme.

 On s’est retrouvés rapidement qq uns chez GrandFred  dès le lendemain de sa mort;  je pense surtout pour réaliser.

Certains d’entre nous ont pu aller au Puy, entourer sa famille pour son enterrement.

 Avec la bousculade de la  fin de l’année scolaire, il était difficile d’informer et surtout  de réunir tous ceux qui l’avaient connu.

Il nous est alors apparu important de nous retrouver en septembre, déjà pour informer de son décès mais aussi pour lui rendre hommage. Je parle de facebook dans mon message, car nombre de ses anciens élèves y sont et seraient vraiment déçus et tristes de ne pouvoir lui rendre hommage.

 Ce mot hommage me semble cérémonieux pour Roger qui avait un côté rebelle…mais justement, nous souhaitons, et sans doute en seras-tu d’accord,  se retrouver, simplement,  pour se rappeler les bons moments, pédagogiques ou non, partagés  avec lui : il n’y en a que des bons d’ailleurs , sans parler du théâtre, de la radio pour laquelle il devait  participer aux 10 ans de Radio Pluriel qui diffusait Radio P’tit Louis!

La photo que j’ai envoyée est prise justement lors de l’animation  par Roger et Yannick avec leur projet radio pour la Bulle d’Or.

 Roger est parti en juin, fin de l’année scolaire.

Nous nous retrouverons tous pour la rentrée  pour, comme tu dis,  prendre cette dernière leçon du maître d’école : profitons des vivants et ne remettons pas au lendemain..parce qu’il n’y en aura peut-être pas!

Mais, comme toutes les leçons, il faut la répéter plusieurs fois!!!

 A très bientôt donc. “

Blog \"La journée de la jupe\" sur ARTE

Si l’on n’a pas peur de voir les réalités en face; ce film est à voir car à lui seul tout est dit!

Je ne regarde jamais les films sur l’école à part, comme tout exception à la règle… “le maître d’école de Claude Berri” parce qu’il raconte “mes débuts”…c’est Coluche l’instit, mais je m’y reconnais tellement!!

Et puis ensuite, il y a les réalités qui sont multiples. Tous les enseignants sont loin de faire le même métier et les difficultés peuvent se concentrer jusqu’à l’explosion et c’est ce que montre ce film.

La réalité de la “journée de la jupe” me parle parce que j’ai souvent travaillé dans des “zones sensibles”. Sensibles est pour moi le bon mot parce qu’il témoigne qu’il ne faut pas y aller avec l’artillerie lourde. C’est bien plus complexe que ça!

Ce film, plus que magnifiquement interprété par les comédiens déchire le rideau d’un coup et vaut tous les discours, toutes les tentatives d’explications puisqu’il met les faits, tout crus, à plat et n’appelle qu’une chose : la prise de conscience.

Un IMMENSE MERCI à Isabelle ADJANI pour son talent, mais au-delà, pour son implication humaine qui donne à ce film la force de son impact.

Dernière photo dans ma classe.J’ai 55 ans et je pars (à la retraite).

Je ferme la porte de ma classe. Mes élèves se mettent un rang. Je leur demande que ce dernier rang soit le meilleur de l’année. Et il l’est. Allignés, silencieux, les élèves me regardent avec un petit sourire complice. Pas un bruit, pas un chuchotement…nous descendons l’escalier. Je viens de leur faire un petit discours, le dernier, celui des dernières recommandations, pour effacer celui des adieux qui déjà, en fin d’année scolaire “normale” nous serre un peu le coeur. J’attends aussi que toutes les classes soient sorties. Quelques éclats de voix au loin. C’est bon, on peut y aller.

Ma gorge est un peu nouée. Tant mieux. Je leur ai dit :  je vous  regarde, je ne dis plus rien…ils sont sages. Je mets mes lunettes de soleil, pour affronter…le soleil mais aussi  parer aux larmes d’émotion que je ne pourrais pas retenir. Tout est calme, juste le froissement des vêtements et le cliqueris de quelques boucles de cartable et  nous arrivons dans le préau.

Le silence et  tout d’un coup : une foule dans  le préau   : tous les élèves de l’école et  tous les enseignants qui explosent en cris de joie et  en tapant dans leurs mains. La surprise, la joie, le bonheur…. Photographies, fleurs, cadeaux…tout se bouscule! Mon coeur vient d’exploser et se répand en larmes.

“Ouvre ton paquet!” me crie-t-on?  Un vase?  plus tard, je verrai! “Non, ouvre tout de suite” !

Qu’est ce que c’est? des dizaines de cartes , d’amour , de déclaration…il y a à lire. Et puis pour que chacune garde un visage, un album des photos de tous ces enfants faisant un coeur avec leurs mains.

Isabelle!!!!! Ma collègue, ma complice, mon amie!!! c’est toi qui a tout manigancé!!

“Tu vois, on t’a fait pleurer! Des enfants me regardent et pleurent aussi. ” Mais non, je ne suis pas triste, je pleure…de joie! Je ne disparais pas…on se reverra!

Comme l’a dit une des élèves : je te verrai au marché! Et puis il y a le regard d’un autre qui me scrute et sans doute surpris de savoir que je suis  si “vieille” , se frotte la joue et me dit :  “mais…. tu mets des crèmes!”

Bien sûr que j’en mets ! Mais avant tout, cette jeunesse , c’est à lui, c’est  à eux, à tous ces enfants avec lesquels j’ai partagé ma vie d’instit que je la dois. Bien sûr, ils  prennent de l’énergie, mais combien ils  en donnent en échange. Quelle belle énergie, et quelle belle vie avec eux! Je les en remercie du fond du coeur.

C’est pour ça. La batterie a fonctionné à plein régime, maintenant elle doit changer de rythme pour durer encore. Je vais reprendre mon souffle et partir pour une nouvelle étape..qui bien sûr croisera des regards d’enfants. Ils sont mon énergie, ils sont ma vie! Les miens, mais tous les  autres aussi

Tiens ça rime!

A relire mes derniers articles, il est évident que cette période de fin d’année, de fin de carrière, de fin d’école n’est pas un long fleuve tranquille.

Si,  à la surface,  le canard semble paisible et avancer avec douceur, en dessous, il bat des palmes comme un malade…

J’essaie moi aussi de ne pas laisser paraître à la surface tous les soubresauts causés par ma mise en tenaille entre l’administration et  la justice. Difficile, le pot  de terre contre le pot de fer, David contre Goliath…beaucoup d’expressions mais une réalité qu’il faut affronter.

Je pensais que ce serait plus facile en gardant le nez dans le guidon…et ce fut possible tout au long de cette dernière année…surtout en regard des difficultés en tout genre qui ont bridé notre travail et occupé nos esprits. Malgré cela, on a tenu toute l’année, Isabelle et moi : pour nous mais surtout pour les enfants, toujours pour les enfants.

Mais, sur la ligne d’arrivée, il faut bien lever le nez pour passer la ligne .

Les derniers jours passent comme au ralenti….et tous ces témoignages d’amitié et de soutien réactivent des questionnements sans fin.  Impossible de ne pas  y penser quand chacun a sa petite phrase ou une intention, pleine de compassion ou de gentillesse. Cela devient , non pas des couteaux dans la plaie( faut pas exagérer) mais des moments d’émotion beaucoup plus forts et beaucoup plus difficiles à contenir que je ne l’aurais imaginé.

“Ne pas trop prendre à coeur”, laisser aller, penser à moi… le plus difficile est d’aller contre ma propre nature : je suis faite comme ça! Mais que ça fait du bien ! Tous mes amours, tous mes amis…qui me connaissent pas coeur sont  là, en rempart…et m’attendent pour la suite …je suis tellement entourée ! quel bonheur!

“Ne pas perdre de vue l’objectif” c’est la phrase clé que mon mari me donne toujours quand je suis en panne d’outil et chaque fois, elle me remet sur le chemin. Merci à lui pour TOUT : 30 ans d’amour et de  complicité…pour commencer. Justement, il a hâte pour les 30 suivants et c’est lui qui a tranché….avec son humour à lui :  “finies les conneries!” Je traduis : l’école est finie…plus que quelques jours!

Donc, ne pas perdre de vue l’objectif et pour cela jalonner  les étapes qui m’y conduisent.

Mes collègues,  devenues  mes amies au fil de ce temps d’école, ont tellement insisté (et elles ont eu raison) pour que je les réunisse autour d’un pot de départ. Oui,  ne pas partir seule, mais les oreilles remplies de leurs éclats de voix, mélées de rire et de  messages d’amitié. Le pot de départ :  ce sera le lundi 30 juin. Je voulais que ce soit dans ma classe…mon point de départ et d’arrivée. Tous ont insisté pour que ce soit dans le préau…il y fera plus frais!

En cette fin d’année, beaucoup de célébrations, de pots, de départs à la retraite…entre collègues, entre amis et puis les cérémonies officielles. Mais de ces dernières, je ne peux faire partie malgré l’invitation ; je ne pars  pas officiellement en retraite…

Cependant, “on” ne me privera pas de tout ce qui fait un passage d’une étape de la  vie à l’autre… J’aurai le plus important : ce pot de l’amitié,  moment privilégié,  entourée de tous ceux qui ont partagé  ce parcours .

Et puis, je ne fais sans doute qu’anticiper la décision du Tribunal Administratif qui décidera très bientôt (mon avocat vient de déposer un référé) que je serai réellement en retraite, en cette fin d’année soclaire comme c’était prévu, puisque j’ai 55 ans passés.  Je ne veux pas me poser en victime car, nom d’une pipe.. .je n’ai fait aucune erreur…ALORS!!!!!!!!!!!!!

Je suis d’autant plus sereine que j’ai passé le relais : “mes héritières.”sont en place pour l’année prochaine.

“héritières”…ainsi se sont-elles nommées puisqu’elles héritent de “mes trésors” : l’expression de mon travail, la matérialisation de ma pédagogie..des graines à replanter : ce sera un peu de moi mais, en pédagogie, plus encore qu’ailleurs, chacun réinvente, enrichit les productions des précédents pour adapter cette fabuleuse aventure qu’est la transmission du savoir à des enfants pleins de vie.

Je ne serai jamais bien loin., elles le savent , …surtout avec ce nouvel outil :  je ne serai qu’à un petit clic!

Disponibilité refusée ; prodédure en référé lancée! Il est hors de question que je me laisse détourner de mon objectif par des tracasseries administratives …Je ne vais pas attendre que l’on statue sur mon sort. Je reprends la main!

Prévoir ou subir! J’ai toujours choisi et je garde le cap. Il était prévu que j’arrêterais d’être maîtresse d’école  fin juin 2008 ; il est naturel que  je célèbre ce départ.

J’invite donc  tous ceux qui m’ont accompagnée dans ce parcours  à un pot de l’amitié pour boucler ensemble cette étape de ma vie ! 1976….2008 ! Quelques années au service des élèves dont 14 à l’école Jean Moulin.

Rien écrit depuis des semaines, normal…je suis en apnée…j’attends

Apnée : C’est le mot  qui correspond le mieux à ce que je ressens en ce moment. Après les turbulences du début d’année, je suis repartie, la tête dans le guidon pour traverser cette année scolaire, le mieux possible…Mais maintenant que la ligne d’arrivée se profile, je lève un peu la tête et j’essaie de voir..et la ligne d’arrivée, et ce qu’il y a derrière.

En d’autres mots.. où serais-je et que ferais-je en septembre? Instit retraitée? en dispo? d’autres possibilités?

A ce jour, ma situation administrative pour septembre est le retour à  temps plein puisque l’Inspecteur en regard des besoins, m’a refusé le mi-temps. Mais  il dit aussi attendre fin juin pour connaître les besoins et me dire s’il m’accorde ou non la disponibilité!!!!! Se basant sur les mêmes données, il m’oblige à reprendre à plein temps, donc ma disponibilité est refusée…Non….cela il ne me le dira que fin juin!!!! Où est la cohérence?

La disponibilité me permettrait d’attendre la décision du Tribunal Administratif “plus sereinement “….mais aussi de dégager dès maintenant mon poste pour un collègue et surtout pour l’équipe qui organise l’année prochaine.

Non, mon devenir professionnel, est en suspens ; je dois attendre les décisions de l’Inspecteur d’Académie et du Tribunal Administratif!!!  Je suis en apnée…et je ne suis pas Jacques Mayol…loin de là…

Comme mon devenir professionnel est une pièce “maîtresse” de mon équilibre personnel ….Je sens qu’un rien peut me déséquilibrer! J’espère tenir bon, ce que j’ai toujours fait, mais…je sens quand même que je fatigue! Mon épuisement de début d’année est toujours là à me le rappeler. Heureusement j’ai des ancrages solides et je passe en ce moment mon énergie à créer d’autres plate-formes. Souhaitons que cela suffira à passer le cap!