Mes livres

Maîtresse d'école, mais pas que...

Pourquoi j'ai écrit ce livre ?

Je pense que l’on est fait pour un métier et quand on l’a trouvé, comme pour moi après quelques digressions, on en accepte les contraintes plus facilement pour en apprécier encore plus tous les bons côtés.

Je n’ai eu aucune formation initiale et je suis arrivée dans une classe du jour au lendemain. Je suis passée de mon bureau de secrétaire à une classe de CM1.

Le choc a été fort mais je me suis sentie à ma place et même si mon parcours a été atypique, il a été jalonné de belles rencontres et d’expériences fortes.

J’aime relevé les défis et à près de cinquante ans, j’ai pu avoir une formation à la faculté des Sciences de l’Education. J’en ai profité pour passer le concours de professeur des écoles mais malheureusement, avec ce statut, je n’avais pas le nombre d’annuités requises pour conserver mon droit à la retraite à 55 ans.

Le bras de fer qui s’en est suivi avec l’administration a duré des années, tant en activité qu’en maladie et j’ai fini par avoir gain de cause.

Je voulais témoigner du soutien que j’ai reçu mais il a fallu du temps et c’est d’abord mon blog qui m’a accompagnée.

Dix ans plus tard,  j’ai eu plaisir à revenir sur ce métier mais pas que… Car j’ai eu beaucoup plus de bons moments que ce final ne pourra jamais obscurcir et j’ai revisité ma vie de maîtresse d’école, pourquoi et comment je l’étais devenue.

J’espère qu’il rappellera de bons souvenirs aux enseignants mais surtout permettra aux autres lecteurs de connaître ce métier de l’intérieur, ce qui n’est bien sûr que mon expérience.

« Votre histoire est incroyable, vous devez absolument l’écrire ! »

Combien de fois ai-je entendu ce conseil voire cette injonction ! Venant d’amis ou de collègues mais plus encore de ceux comme les médecins ou avocats qui ont suivi de près ce parcours long et truffé d’embûches, et surtout qui m’ont beaucoup aidée.

Cette phrase résonnait souvent dans ma tête mais je l’étouffais, le carcan était encore trop serré ! Il est vrai que je leur devais beaucoup, mais était-ce suffisant pour me lancer dans l’écriture et témoigner de ce bras de fer avec l’institution pour ma fin de carrière.

J’avais résisté, soutenue par tous, même par le personnel des services académiques  et je ne pensais pas revenir sur cet événement. J’ai attendu 10 ans avant d’écrire les premières lignes ! De cette épreuve, je suis sortie, tel David contre Goliath, gagnante et suffisamment indemne pour la raconter.

Comme le blog que j’avais ouvert et qui m’avait accompagné, pas à pas, pour franchir chaque étape, l’écriture de ce livre est, pour moi, un point final, mais aussi un témoignage d’espoir. Voilà ce qui est possible quand on est convaincu d’avoir raison et de refuser de subir une injustice, même quand cette institution est aussi puissante que l’éducation nationale.

Cependant, je me suis rendue compte que je ne pouvais pas commencer par la fin et résumer ma vie de maîtresse d’école à cet épisode si fort soit-il, car j’ai adoré ce métier pour lequel j’étais faite. Dès mon enfance, mon avenir était tracé et je n’ai pas vu tout de suite les messages laissés pour m’y orienter.

Alors j’ai remonté le temps et voici en quelques chapitres mon histoire avec l’école qui est surtout une belle aventure humaine entourée d’enfants avec des collègues formidables et pour la plupart, ils se reconnaitront.

CHAPITRE 29 : LA MAITRESSE QUE JE NE VOULAIS PAS ÊTRE

Cette maîtresse de CM2 qui m’avait traumatisée allait réapparaitre dans ma vie pour disparaître aussitôt.

Alors que je faisais une leçon à ma classe de CE2, je m’interrompis brutalement, comme tétanisée.  Mes élèves se figèrent eux-aussi devant une attitude aussi étrange. Peut-être pensaient-ils que j’allais faire un malaise, en tout cas ils se rendirent compte que j’avais perdu le contrôle et qu’il se passait quelque chose d’inhabituel.

C’est leur regard affolé qui me ramena à la réalité et je dus rapidement les rassurer. Les mots qui sortirent de ma bouche n’étaient pas la vérité et j’en faisais une sorte de traduction pour qu’ils soient compris.

Bien sûr, ils tournaient le dos à la cour et n’avaient pas pu voir ce qui m’avait pétrifiée. Là, dans la cour, se tenait un petit groupe d’inspecteurs, trois personnes mais celle qui figea mon attention était la femme. Oui, c’était bien elle : 20 ans plus tard, je la reconnaissais : mon instit de CM2, celle-là même qui m’avait tant harcelée et traumatisée.

A lieu de dire cela, je repris d’un ton calme, assuré et presque amusé : »La dame que je vois dans la cour, c’était ma maitresse de CM2 »

En même temps qu’ils se dévissaient la tête pour l’apercevoir,  un brouhaha s’éleva. Il fallait d’un seul coup qu’ils intègrent le fait que j’ai été élève comme eux et que ma maîtresse soit encore vivante !!!

Le calme revint instantanément et tous les regards qui venaient de digérer ces deux informations étonnantes pour des enfants de 8 ans se firent interrogateurs. Une seule voix s’éleva alors qui résuma leur pensée : « tu vas aller la voir ? » Pour eux c’était comme un conte magique : la citrouille qui devient un carrosse.

Ils sortirent en récréation et je restais un moment dans la classe, comme sonnée : j’avais de nouveau 10 ans et ce n’était pas une madeleine mais plutôt un goût amer que j’aurais dû avoir dans la bouche. Et là : rien !

La page était tournée mais comme je n’étais pas de service de surveillance, j’allais rejoindre les collègues autour d’un café. Le petit groupe était toujours là à échanger. Je m’approchais et me retrouvais en face d’elle. Tiens, elle était bien petite mais son visage rond,  ses petits yeux noirs et ses cheveux tirés étaient bien les mêmes. Est-ce que les méchants ne vieillissent pas de la même façon ?

Moi d’habitude si ouverte, si conviviale, je restais sans voix et un moment je me demandais si je ne la fixais pas trop. Me reconnaitrait-elle ? Non bien sûr ! Je n’étais personne pour elle. Je me rappelais alors toutes les vengeances que nous fomentions dans la cour de récréation. Nous allions revenir quand nous serions grandes et  et et ….

Rien ! Je pris un café, et un petit gâteau pour occuper ma bouche à autre chose que dire des mots qui ne sortaient pas.

Elle était passée et rien ne s’était passé !

En fait, voilà bien longtemps que je l’avais rangé dans les expériences douloureuses qui font grandir un peu plus vite, à grands coups d’émotions.

Elle était par défaut, la maîtresse que je ne serai jamais.. L’univers ou je ne sais qui nous jouent de drôles de tours. Ce sont les leçons de la vie qui nous rappellent qu’on est toujours en apprentissage.