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Demi-cousines

Demi-cousines, la prestation compensatoire en héritage

C’est l’histoire de deux petites filles qui vont découvrir, à l’occasion d’un échange scolaire, qu’elles ont le même grand- père. L’une le connaît très bien et l’autre n’en a jamais entendu parler.  Ce qu’elles ont aussi en commun, c’est l’héritage d’une dette à la suite du divorce de ce même grand-père, la prestation compensatoire qu’il verse à son ex-épouse.
Au-delà de cette rencontre qui les remplit de joie, elles vont découvrir l’histoire de leur famille, éclatée à cause d’un divorce qui a provoqué une cassure presque définitive entre les fratries.

Heureusement, leur innocence, leur joie de vivre et de merveilleux hasards vont leur donner l’occasion de combler une partie de ce vide, qui sans aller à une réconciliation totale, malheureusement impossible, permettra de jeter quelques ponts.

Cette histoire mettra du baume au cœur de ceux qui pensent que faire le premier pas n’est pas se déjuger, et que la vie doit être plus forte que tout, surtout au moment où elle peut disparaître et nous laisser seuls face à des regrets.

Pourquoi ce livre témoignage ?

Dernière présidente de l’association CCN-ARPEC créée en 1997,  j’ai voulu laisser un livre témoignage après la dissolution de l’association en 2021, car malheureusement de nombreuses familles sont encore impactées. Cette histoire illustrera la situation des familles confrontées à la loi de 1975 sur la Prestation compensatoire.


J’ai choisi une histoire romancée pour mettre l’humanité en avant et montrer que tout n’est pas blanc ou noir, mais surtout que l’amour des enfants et la bonne volonté de chacun peuvent, si ce n’est déplacer les montagnes, au moins rapprocher ceux qui ne pensaient pas pouvoir l’être.

L’histoire dont je vais vous parler ne se trouve pas à la une des journaux mais parfois dans les rubriques des faits de société ou des faits divers quand ça tourne mal.  Non l’histoire que je vais raconter est celle de gens ordinaires, ceux que l’on croise tous les jours mais qui vivent des situations extraordinaires, ce qui ne veut pas dire formidables, mais plutôt des situations auxquelles ils ne pensaient jamais être confrontés ; ils se sont trouvés piégés par la justice et condamnés. Condamnés par la justice, ça paraît logique, s’ils ont commis un délit ou pire un crime ! Non, ceux dont il s’agit n’ont commis aucun délit et aucun crime mais ils ont été condamnés par la justice et parfois à perpétuité.

En 1998 quand nous défilions près du palais de justice où une délégation de notre association était reçue, les commerçants qui avaient baissé leurs rideaux devant l’arrivée de ces manifestants, les ont vite relevés, tellement ils étaient étonnés : ils ne comprenaient pas pourquoi des familles, dont certaines auraient sans doute franchi leur porte, défilaient avec leurs enfants qui portaient un écriteau « condamnés à perpétuité ».

Oui, ces manifestants étaient bien français et il était visible que la plupart défilaient pour la première fois de leur vie. C’était en novembre et nous descendions, puis remontions la rue de la Paix pour ne pas prendre froid, attendant portant transis, la réponse de la Ministre de la Justice.

Ce fut NON, on ne peut rien pour vous ! Vos condamnations ont force de la chose jugée ! Vous avez été condamnés et vos enfants hériteront de cette condamnation !

Nous étions quelques centaines dans la rue, pour beaucoup venus en car et montrer que ce n’était pas le problème de quelques-uns mais de nombreuses familles qui découvraient le piège dans lequel elles étaient tombées. Il fallait se regrouper en association pour faire valoir nos droits, obtenir une audience auprès de la ministre, venir manifester à Paris avec les enfants placardés de cette condamnation…

Fin de non recevoir !

Nous sommes tous rentrés chez nous, effondrés dans un premier temps, en colère dans un deuxième. C’est quand il n’y a plus rien à faire qu’il faut s’attaquer au problème. C’est ce que notre association a fait pendant plus de 20 ans après avoir reçu, à chaque demande, les mêmes fins de non recevoir. Et à chaque fois, abattus mais non battus, nous avons relevé la tête, pour nous mais avant tous pour nos enfants et nous avons obtenus quelques avancées.

Nos enfants nous regardent. Ils sont notre avenir, notre devenir. On ne peut pas les laisser démarrer dans la vie avec une telle charge, une telle épée de Damoclès au dessus de leur tête. Si en France, le divorce est un droit inscrit dans le CODE CIVIL, pourquoi le fait de divorcer entrainerait-il des familles entières dans des situations épouvantables suite à un jugement de divorce. Divorcer serait-il un délit, voire un crime pour condamner à vie des hommes divorcés entrainant avec eux leurs familles recomposées ?

Peut-être, mais cela et une autre histoire !

 1998 – 2018 : 20 ans pour nous faire entendre, pour réclamer justice !

Notre persévérance a amené le gouvernement à réagir, mais pas comme nous le pensions. Le problème était tellement disproportionné avec cette loi de 1975, que la réponse fut de faire une nouvelle loi en 2000 pour éviter de nouvelles injustices.(dixit la ministre).

Une fois de plus, nous restions sur le carreau, la loi n’étant pas rétroactive. Après quatre années de mobilisation, notre association a obtenu des amendements pour que les condamnés de 1975 puissent demander une révision. Quelques centaines de familles, dont la nôtre, ont pu faire valoir leurs droits mais pourtant rien n’est terminé pour des milliers d’autres. Nous devons continuer mais surtout informer.

On pourrait penser que ce sujet ne concerne que quelques-uns, vieux divorcés au bord du cercueil. Non, il s’agit surtout de leurs familles qui sans doute ne savent pas de quoi il retourne. Notre association avait pour vocation de tendre la main à ceux qui sont impactés par ce problème mais comment les contacter ?

Dans ce monde de l’information surabondante qui devient envahissante donc vite inaudible, comment être entendu ? Médias, internet, réseaux sociaux….  Nous avons fait un site et des pages Face Book pour toucher les plus jeunes, mais après la dissolution du CCN-ARPEC en 2021, faute de bénévoles, seule une page FB persiste.

J’ai proposé en 2018 un livre-témoignage avec une histoire romancée où personne ne se reconnaît mais où l’histoire de chacun se retrouve.  Au fil de nos combats, les journalistes ont toujours voulu illustrer leurs reportages par des témoignages des familles impactées. Et chaque fois, peu d’entre elles acceptaient d’être exposées, par pudeur, et aussi par crainte de mettre de l’huile sur le feu dans des situations personnelles déjà explosives. Or ce sont les exemples concrets qui sont les plus parlants.

La famille dont je vais vous raconter l’histoire n’existe pas mais est emblématique étant le reflet de réalité de milliers de familles : elles ont toutes connu le même parcours et les mêmes difficultés et ceci à tous les niveaux de la société.

Ce qui motive ma décision d’écrire cette histoire commune, c’est que ceux qui ont été le plus pénalisés sont les plus modestes et les plus nombreux à rester sur le carreau.

Au-delà du sujet de fond, je souhaite mettre un coup de projecteur sur la responsabilité de nos élus qui font les lois. C’est aussi pour cela que notre histoire est emblématique. Quand une loi si bien faite aboutit au résultat complètement opposé de ce pourquoi elle a été faite, alors c’est très grave et notre histoire va l’illustrer.

Si cette loi avait eu un SAV, une évaluation après 5 ou 10 ans d’application, alors on se serait rendu compte des dérives et des catastrophes annoncées et on aurait éviter des drames et des outrances.

1975 : loi du divorce par consentement mutuel. 2000 : nouvelle loi : Il aura fallu 25 ans et notre mobilisation pour faire connaître cette situation ubuesque ! Comme la réalité dépasse souvent la fiction, il fallait écrire une fiction pour faire comprendre cette réalité ! C’est l’histoire d’une famille….

CHAPITRE 1 : CONDAMNÉ À VIE

Quand Hélène pénétra dans le bureau de son mari, elle fut surprise par l’obscurité qui y régnait et sursauta d’autant plus en entendant un froissement de papier.

– Mais qu’est ce que tu fais dans le noir Jean-Baptiste ?

Tout doucement pour ne pas s’éblouir, Jean-Baptiste tourna le bouton du variateur de sa lampe de bureau. Il était assis devant un bloc, son stylo au bout des doigts au dessus de son chéquier.

– Je suis en train de faire le chèque pour « ta copine »
C’était toujours une façon de dédramatiser ce rituel qui évidemment ne faisait rire personne….

– Comme tous les mois, reprend-il, 685 euros jetés par la fenêtre ! 35 ans que je lui envoie ce chèque, je n’ose même plus faire l’addition ! Il va bien falloir que ça s’arrête un jour ?

Oui, mais comment ?
Car il le savait bien, il devra faire ce chèque à vie, pour toute la vie de son ex-épouse. Il avait accepté de verser une rente viagère à son ex-épouse, lors de leur divorce. Divorce à l’amiable avec un seul avocat pour faire des économies…
Des économies ? Pour qui ?
Voilà 35 ans qu’il paie une rente à son ex-épouse, par ailleurs remariée ! Et avec l’espérance de vie des femmes, il en a encore pour au moins 20 ans !
Où est-il écrit que parce que vous avez été mariés 10 ans, vous devrez continuer à entretenir votre ex-épouse jusqu’à sa mort, et dans le cas présent pendant 60 ans ?